Centre médical
dédié au soin de la dyslexie et des troubles posturaux

Sur l’intégration des praticiens libéraux en réseaux de soins


Par Claude Cohen

 

Ce billet fait suite à notre article précédent sur la prise en charge des troubles dys.

Quelques rappels : en France, le secteur médico-associatif est le principal acteur intervenant dans le dépistage et le diagnostic des troubles complexes du langage (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyslalie, dysgraphie …).

Les 300 centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) ou médico-psychologiques (CMP), proposent depuis 1963 des diagnostics pluridisciplinaires et des traitements ambulatoires ou à domicile pour des enfants de 3 à 18 ans.

Ces dispositifs peuvent être sollicités simultanément aux 900 services d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), eux aussi interdisciplinaires, afin d’assurer un accompagnement global de l’enfant.

Le financement de ces centres référents est assuré par l’Assurance maladie avec, dans certains cas, un financement régional.

Si les centres référents ont fait de grands progrès dans le dépistage et le diagnostic des troubles « dys », le secteur privé reste largement prédominant dans leur prise en charge.

Les quelque 13 000 orthophonistes en exercice libéral (sur un total de 15 000) concentrent la grande majorité des soins, tout en traitant beaucoup d’autres pathologies.

Or, pour ces auxiliaires médicaux, l’intérêt financier des actions de concertation sous le contrôle ou non d’un centre référant est peu évident. À ce jour, les séances de rééducation orthophonique sont longues et sont cotées sur des bases de consultations faibles, ce qui n’est déjà pas incitatif. Il est illusoire d’espérer de jeunes femmes (plus de 90% des orthophonistes) surchargées de travail qu’elles prennent sur leurs soirées ou week-ends pour échanger avec d’autres praticiens autour de dossiers patients, surtout si les centres ou unités de bilans (UdB) sont éloignés de leur cabinet. Outre une démarche militante et un intérêt scientifique - qu’il ne faut pas sous-estimer - on voit mal en quoi leur intégration sous l’égide de centres référents serait financièrement plus motivante.

Dans une formule intermédiaire, les orthophonistes peuvent être embauchés à temps partiel par les centres référents à travers une convention. Leurs séances auprès des enfants ainsi que leurs différentes interventions dans le cadre de l’intégration scolaire sont alors rémunérées par ceux-ci. Encore faut-il que ces heures salariées le soient à un taux plus incitatif que les consultations dans leur cabinet.

Concernant les médecins de ville, en particulier en secteur 2, la situation est pire eu égard à la pénurie de certaines spécialités et à leur répartition sur le territoire national. Ceux-ci sont actuellement très sollicités pour des actes infiniment plus rémunérateurs.

Enfin, sans minimiser le rôle des CMPP, SESSAD et autres centres référents, il faut être conscient du choix qu’opèrent les parents d’enfants atteints de troubles cognitifs, selon la nature et la gravité des cas.

Il est fréquent d’entendre ces derniers hésiter devant une prise en charge, voire un diagnostic de dyslexie en centre référent, eu égard au refus de nombreux enfants de se rendre dans un centre spécialisé, même pour une série de consultations ambulatoires.

La présence d’autres enfants atteints de troubles neuro-psychiques ou du comportement plus graves peut aussi inhiber des parents malgré l’écoute et le professionnalisme des équipes pluridisciplinaires.

Le Dr. HABIB signale enfin les files d’attentes excessives : dans un article du magazine jd2i de juin 2007, l’Association Résodys qu’il coordonne mentionnait des délais d’attente de l’ordre de 12 mois en CHU contre 3,5 mois pour le réseau dont elle avait la charge.

Pour répondre à ces problèmes, les réseaux de soins régionaux, dont Résodys est un exemple achevé, apparaissent comme un modèle intéressant. Sur son site, Résodys détaille de manière très didactique les différents types de réseaux de soins et leur articulation souhaitable entre les centres référents, le milieu enseignant, les CHU et les professionnels de santé en libéral.

En cette année 2009, les nouvelles orientations du réseau axées sur la formation et la coordination au détriment des actes de soins (bilans pluridisciplinaires et prise en charge) ne permettent pas encore de dresser un bilan pouvant être étendu au plan national.

En conclusion, il n’est pas impossible d’intégrer les praticiens libéraux dans une démarche de réseau, fut-ce sous l’égide de structures médico-sociales ou de réseaux de soins. Encore faut-il leur proposer des conditions financières attractives et des actions de concertation compatibles avec leur exercice quotidien. L’utilisation de plateformes informatiques et internet tels que le « groupware », les net-meetings et la visio conférence sur IP peuvent être utiles pour les praticiens éloignés des centres référents.

A suivre…

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