Dyslexie et proprioception

Dyslexie et Syndrome de Déficience Posturale (S.D.P.)

Le Système Postural d’Aplomb décrit par Pierre-Marie Gagey comprend des récepteurs périphériques (rétine, labyrinthe et vestibule, récepteurs, musculaires, articulaires, capteurs plantaires…) qui informent en permanence le système nerveux central, du degré de contraction musculaire, de la position des différents segments corporels et de la position des objets dans l’environnement. Il en résulte des ordres moteurs pour maintenir un tonus musculaire adapté à la posture et au maintien de l’équilibre, à l’affinement du geste et au repérage spatial.

Selon les auteurs, ont parle également de système proprioceptif, de proprioception ou de système sensori-moteur.

Le système visuel est important dans l’équilibre du système postural d’aplomb, du fait de la présence de récepteurs proprioceptifs au sein des muscles oculo-moteurs, sensibles au degré de contraction musculaire, et du rôle perceptif important de la périphérie rétinienne.

Le dysfonctionnement du système postural d’aplomb provoque une symptomatologie variable et polymorphe qui constitue le syndrome de déficience posturale (S.D.P.) Les symptômes sont nombreux et souvent associés. Ils regroupent :

  • des troubles du tonus musculaire responsables de douleurs erratiques sans lésions organiques visibles, notamment au niveau du cou et des muscles para vertébraux (lumbagos, torticolis...). ;
  • des troubles de l’orientation temporo-spatiale ;
  • des troubles sensoriels ;
  • des troubles cognitifs.

Le Dr Michel Marignan, médecin, a proposé 3 grands tableaux cliniques regroupant ces symptômes, même si on ne peut parler de formes cliniques
« pures » :

  1. La forme tonique pure se traduisant par une asymétrie de la posture orthostatique et des douleurs ;
  2. la forme cognitive, pseudo-dépressive avec distorsion sensori-spatiale ;
  3. la forme instable.

La forme cognitive concerne plus particulièrement les patients « Dys ». Dans ce groupe, on note fréquemment des troubles de la motricité conjuguée, des saccades anarchiques, une poursuite irrégulière, ainsi qu’une insuffisance de convergence souvent difficile à rééduquer et des troubles variables de l’oculo-motricité, secondaires à des asymétries de tonus musculaires. Ceci a pour conséquence une stratégie visuelle inefficace expliquant les troubles de lectures et d’écriture, ainsi que le repérage altéré dans l’espace.

La stimulation des récepteurs visuels et plantaires rétablit une bonne proprioception, ce qui permet de développer des capacités d’apprentissage et d’adaptation favorisant l’éveil des fonctions supérieures. Le travail de rééducation des orthophonistes et des autres intervenants s’en trouve grandement facilité.

Les stratégies thérapeutiques sont adaptées au cas par cas et ne peuvent faire l’objet d’un traitement standard. De nombreux patients « Dys » ont des troubles posturaux très légers. Comme le souligne le Dr Patrick Quercia, ophtalmologiste à Beaune, « vouloir à tout prix équilibrer la symétrie d'un dyslexique, même stéréotypé, n'a pas nécessairement un grand intérêt. 

En revanche, il faut chercher à équilibrer leurs perceptions, ce qui va parfois très bien avec la présence d'une posture asymétrique, car ils ont bien une "dysperception" (terme proposé par Alfredo Marino) au niveau proprioceptif mais aussi au niveau d'autres sensorialités »

Notre ami et confrère le Dr Pierre Pichon, ophtalmologiste à Dijon, cite à ce propos 2 cas d'enfants devenus "dyslexiques" alors qu'ils travaillaient jusqu'alors bien:

  • un enfant ayant les symptômes de la dyslexie après appareillage dentaire mal adapté et qui a guéri après correction de cet appareil qui entraînait une perturbation de son articulé dentaire 
  • un autre qui de 1er de sa classe n'arrivait plus à suivre (difficultés d'écriture, de lecture, d'attention, fatigue inexplicable etc.) En interrogeant bien les parents, on apprenait que peu de temps avant ces symptômes, il avait fait une chute lors d'exercices sur cheval d'arçon, et qu'il avait depuis des céphalées et cervicalgies. Il avait une légère rotation d'une vertèbre cervicale, qui, traitée par un ostéopathe, l'a remis immédiatement dans un cursus scolaire normal.

Même si ces cas n'étaient pas des dyslexies de développement, ils montrent combien un examen clinique approfondi, si possible pluridisciplinaire, est indispensable.

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